mardi 23 avril 2019

Le nettoyage des planchers.


Premier cours pratique pour un petit groupe de stagiaires au rucher de la Massonnière à Couëron.

Nous allons détailler aujourd'hui le nettoyage des planchers (ou plateau) des ruches.
C'est un travail à faire à chaque printemps et qui peut se réaliser dès fin février s'il ne fait pas trop froid. 



L'idéal est de travailler à deux et d'arriver au rucher avec un plancher d'avance propre.
Comment procéder ?
- enfumer un petit coup à l'entrée.
- après avoir désolidarisé le plancher du corps de ruche avec le lève-cadre, une personne lève la ruche.




- la seconde personne ôte le vieux plateau, le pose sans le renverser, et met en place le plateau d'avance propre.
- bien remettre la ruche en place sur son plateau propre. 




Les abeilles n'ont pas eu le temps de s'apercevoir de l'opération !
- emporter l'ancien plateau loin des ruches, sans le renverser, et regarder les déchets et les éventuelles traces de mycoses (nous y reviendrons).
- gratter le plateau afin de retirer les impuretés, les restes de cires et de propolis collés.




- passer au chalumeau des deux côtés en insistant sur les recoins.

Voilà ! Vous avez à nouveau un plateau propre. Vous pouvez recommencer l'opération avec la seconde ruche…

Si vous travaillez seul, ou si vous n'avez pas de plateau d'avance, il vous faudra reposer la ruche sur un support (toit retourné) en attendant de remplacer et/ou de nettoyer le plateau.  



A noter que les plateaux en plastique type "Nicot" peuvent également être passés à la flamme. Jusqu'à faire fondre cire et propolis, mais pas le plastique ! 




Par rapport au bois qui est poreux, le plastique est lisse. Y faire fondre cire et propolis en surface suffit pour détruire les spores de loque. Attention toutefois à bien nettoyer tous les trous de la partie grillagée. 

mardi 9 avril 2019

Vous avez dit " braula " ? Quésako ?



Lors de la visite de printemps, quelle ne fut pas notre surprise de découvrir, accroché sur le dos d’une abeille, tel un jockey, un braula coeca ! Il est brun, de la taille d’une tête d’épingle (environ 1,5 mm de long et 0,5 mm de large), à ne pas confondre avec le varroa. 

Quésako un braula ?

Et bien c’est une mouche ! Braula coeca est un insecte de l’ordre des diptères brachycères. Il est aveugle et sans ailes. Il est quelquefois appelé poux de l’abeille, mais à tort.  

Bien qu’il ne soit pas considéré comme une menace pour les abeilles, il n’en reste pas moins un parasite. Il est présenté comme un commensal de la ruche. Il détourne à son profit, par des caresses des parties buccales de l’abeille, nectar, pollen, gelée royale qu’il aspire grâce à sa trompe. Mais, l’abeille ne se laisse pas longtemps berner par les caresses insistantes de son hôte !

Il est préférentiellement trouvé sur des ouvrières âgées et parfois sur une reine âgée.  Lorsque braula coeca est en grand nombre sur la reine, il peut être responsable d’une carence alimentaire et donc réduire sa fécondité.

Actuellement, il reste présent sur les colonies d'abeilles noires d’Ouessant non affectées par varroa. Ailleurs, les traitements contre le varroa l’ont fait presque disparaître.

Laurence.

samedi 6 avril 2019

L'essaimage, c'est reparti !


Les personnes actuellement en charge du téléphone de veille essaimage me signalent avoir reçu déjà quelques appels pour les premiers essaims de l'année.
De plus, après le beau temps exceptionnel que nous avons eu, entrecoupé de la période actuelle de mauvais temps, l'essaimage va très certainement exploser dès le retour du soleil et des températures clémentes annoncées pour jeudi prochain.
Surveillez vos ruchers !
Je vous rappelle que l'essaimage est le processus naturel de la reproduction des colonies d'abeilles apis mellifera. Il existe chez les "abeilles à miel" deux niveaux avec leurs deux procédés de reproduction :
- le niveau de l'individu dans lequel la reine pond des œufs et donne ainsi naissance à d'autre individus (ouvrières, autre reine et mâles),
- le niveau du super-organisme, la colonie, qui est en fait le véritable animal, et qui se reproduit par division. La colonie se sépare en deux quand la reine s'en va avec la moitié des ouvrières.

Téléphone de veille essaimage de l'ASAD44 : 
06 11 15 18 22 

vendredi 5 avril 2019

Aristée.



Petites excursions dans l’histoire et les légendes de l’apiculture.

Reprise de textes parus dans le bulletin d’information de l’ASAD44 sur l’histoire de l’apiculture. Car c’est la connaissance de l’histoire qui nous permet de comprendre la situation présente et comment on y est arrivée…

         L’apiculture d’aujourd’hui est le résultat d’un long cheminement de la relation homme-abeilles à travers l’histoire, et même la préhistoire. Sans aller chercher si loin, arrêtons-nous quelques temps sur un personnage clef de cette histoire, Aristée, que celui-ci ait d’ailleurs une origine historique ou qu’il ne soit qu’un mythe.

         La mythologie grecque nous apprend que Zeus, le père des dieux, fut transporté, bébé, sur le Mont Ida, où il fut élevé par les nymphes et nourri au lait de la chèvre Amalthée et aussi par le miel des abeilles, grâce aux soins de Melissa, la fille de Melissos roi de Crète. Plus tard, Zeus transforma cette jolie nymphe en abeille. Ainsi naquit le culte de la déesse-abeille Melissa. Mais jusque-là, rien ne nous parle d’apiculture, d’élevage des abeilles, car les abeilles du Mont Ida, toutes célèbres qu’elles sont, n’habitaient peut-être pas encore une ruche…

         Le personnage d’Aristée, fils du dieu Apollon et de la nymphe Cyrène, est le symbole même de l’art pastoral et agricole qu’il est censé avoir enseigné aux hommes. Et ce n’est pas rien : l’élevage et l’art du caillage, la culture de la vigne, de l’olivier, et bien sûr, l’élevage des abeilles. Toute la culture méditerranéenne en quelque sorte… C’est aussi à lui qu’on attribue l’art du mélange du miel et du vin, technique qui perdurera pendant des siècles et qui permettait aux anciens de conserver le produit de la vigne tout en l’enrichissant de plantes médicinales et aromatiques. 

         La mythologie nous raconte également que, tombé amoureux d’Eurydice le jour même de son mariage avec Orphée, Aristée la poursuivit (« de ses assiduités » comme on le disait joliment) dans les verts pâturages, où la belle dryade, dans sa fuite, mit malencontreusement le pied sur un serpent et mourut. Les nymphes, pour se venger, tuèrent toutes les abeilles du pauvre Aristée. Sur les conseils de sa mère, il se rendit près du devin Protée, qui lui conseilla d’immoler quatre taureaux et autant de génisses, afin d’apaiser le courroux des mânes d’Eurydice. Des entrailles des taureaux s’échappèrent alors des essaims d’abeilles qui lui permirent de repeupler ses ruches. A l’époque, Pasteur était encore loin, et on croyait encore dur comme fer à la génération spontanée. De là l’étymologie « apis » pour le taureau et pour l’abeille. 
Aristée pleurant ses abeilles (Musée d'Art de Nantes).

         Selon la légende, Aristée visita ensuite de nombreuses contrées de Méditerranée où il fut, jusqu’à il y a peu, honoré comme un dieu, notamment en Sicile et en Sardaigne. Il est souvent représenté comme un jeune berger portant un agneau sur ses épaules. Le bon pasteur, ce serait lui ?... Toujours est-il que nous, apiculteurs, lui devons tous un peu quelque chose, non ? Car sans lui, nos paillons seraient encore vides ! 

Le couvain, les couvains.

A la fin d'une formation en apiculture, une élève m'a une fois confié n'avoir pas osé demander, pendant toute la journée, ce qu'était ce "couvain" dont on parlait tant. C'est pourquoi il n'est peut-être pas inutile de préciser ce terme et de parler ici, non pas du couvain, mais des couvains.

D'une façon générale, les cellules de cire que les abeilles construisent dans la ruche servent à de multiples usages :
- maturation et stockage du miel,
- stockage du pollen,
- le couvain, c'est à dire le lieu de ponte de la reine, du développement de la larve, puis de la transformation de la nymphe jusqu'à la naissance de la jeune abeille.
Il existe également deux sortes de cellules spéciales :
- les cellules de couvain de mâle, plus grandes, et qui peuvent aussi servir au stockage miel,
- les cellules royales, pendant du cadre.
- enfin, les "amusettes", amorces non utlisées de cellules royales.

Cadre "classique" de couvain : le miel est en haut et sur les côtés. Au milieu se trouve le couvain, ouvert et fermé. En bas à droite se voit le couvain de mâle, plus grand et bombé. 

Généralement, les cellules de miel, operculées ou non, se trouvent en haut et sur les côtés du cadre, le miel servant non seulement de nourriture mais aussi d'isolant thermique.

Cellules de miel, encore ouvert en bas au centre (le miel n'est pas encore mature) et fermé par une opercule de cire dans la partie du haut. On voit dans la partie découpée la forme des cellules, symétriques des deux côtés du cadre, et leur légère inclinaison vers le centre, empêchant le nectar de couler avant maturation.  

Juste après la ponte de la reine et pendant 3 jours, certaines cellules du couvain ouvert laissent voir les œufs. Mais ce n'est pas toujours facile à voir !

Chaque petit trait blanc est un œuf, collé au fond de la cellule dans da la gelée royale. Dans la cellule du centre et sur les côtés se voient de jeunes larves à différents stades.  

A partir du 4ème jour et jusqu'au 9ème, le couvain est toujours dit "ouvert" et laisse voir les larves.

Couvain ouvert montrant des larves à différents stades de développement.

A partir du 10ème jour, le couvain est fermé par les abeilles par une opercule (couvain dit fermé ou operculé) derrière laquelle la nymphe fait sa métamorphose.

Couvain dit "fermé" ou "operculé". On peut voir quelques opercules grignotées par les ouvrières en train de naître.

A l'issue de quoi, au bout du 22ème jour, la jeune abeille découpe seule son opercule pour naître une 4ème fois comme insecte parfait (imago). 

Une ouvrière en train de naître. Elle se mettra au travail presque aussitôt !

Le couvain de mâle se développe dans des cellules plus grandes et bombées. Le faux-bourdon nait au bout de 25 jours.

Le couvain de mâle n'existe qu'au printemps. Il est placé dans des lieux plus exposés aux risques climatiques que le couvain d'ouvrière. 

Quant à la future reine,  elle nait le 16ème jour en découpant l'extrémité de sa cellule pendante. 

Cellule royale. La future reine s'y métamorphose la tête en bas. 

Naissance d'une future reine dans la main de l'apiculteur.

Le terme de couvain désigne donc toute la partie centrale des constructions de la ruche dans les cellules de laquelle la reine pond, les larves et nymphes se développent et où les nourrices s'activent pour distribuer gelée royale et bouillie larvaire tout en conservant la bonne température et la bonne hygrométrie. 
On peur donc dire que les abeilles "couvent", dont le nom de "couvain".    

Une reine facétieuse…



Lundi 1er avril, il faisait beau et chaud. Mon mari et moi avons transféré un essaim d'une ruchette dans une ruche. Il faut dire qu'il était grand temps de le faire, car la ruchette était pleine comme un œuf, et gorgée de miel. 

Nous avons commencé par transférer les cadres un à un dans l'ordre. Nous avons intercalé deux cadres cirés, et mis une partition en bout. Comme il restait de nombreuses abeilles au fond de la ruchette, nous l'avons retournée sur la ruche pour faire descendre les abeilles restées au fond. Malgré tout, nous trouvions que le rappel avait du mal à se concrétiser. Nos abeilles ne chantaient pas beaucoup ! Il y avait des abeilles partout. Mon mari, en homme averti, me dit que la reine ne doit pas être dans la ruche. Du coup nous avons inspecté la ruchette, rien. Le nourrisseur en bois, rien. Toujours pas de mouvements de rassemblement. Deuxième inspection, rien. J'attrape le nourrisseur et je contrôle le dernier endroit non inspecté : sous la languette de bois du passage. Je retire la languette et oh ! miracle, la voilà notre reine bien planquée... Incroyable même pour un 1er avril !!!

Heureusement que nous avons su observer, écouter les abeilles et bien regarder parce que je ne suis pas sûr que ce genre de blague se serait bien terminé. Nous avons mis notre facétieuse reine dans la ruche, et tout est rentré dans l'ordre. Nous avons pris une sacrée suée !

Laurence